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Courir par temps chaud : le guide scientifique complet

⏱ Temps de lecture : 14 min🎯 Niveau : Tous niveaux🔄 Dernière mise à jour : mai 2025

Il fait 30°C, le soleil tape, et tu veux quand même sortir courir. Mauvaise idée ? Pas forcément — à condition de savoir ce que la chaleur fait réellement à ton organisme et comment adapter ta pratique en conséquence. Chaque été, des dizaines de coureurs sont victimes de malaises, de coups de chaleur ou de déshydratation sévère — des accidents largement évitables avec les bonnes connaissances. Mais la chaleur n’est pas que dangereuse : gérée intelligemment, elle peut même devenir un outil d’entraînement pour améliorer tes performances. Dans ce guide scientifique complet, on décrypte la thermorégulation du coureur, les risques réels, les stratégies d’adaptation validées par la recherche, et tout ce qu’il faut savoir pour courir en été en toute sécurité — et efficacement.



1. Comment ton corps gère la chaleur en course

La course à pied est une machine thermique extraordinairement inefficace. Pour chaque kilocalorie d’énergie produite par tes muscles, seulement 20 à 25 % se convertit en travail mécanique — le reste, soit 75 à 80 %, est libéré sous forme de chaleur. Lors d’un effort intense, un coureur de 70 kg peut produire jusqu’à 1 000 watts de chaleur — l’équivalent d’un radiateur électrique à pleine puissance. Cette chaleur doit absolument être évacuée pour maintenir une température centrale stable, car le fonctionnement optimal du corps humain exige une température interne comprise entre 37°C et 38°C.

Les quatre mécanismes de dissipation thermique

Le corps dispose de quatre voies pour éliminer la chaleur :

  • La sudation (évaporation) — mécanisme principal en course, représentant jusqu’à 80 % de la dissipation thermique lors d’un effort intense. La sueur s’évapore à la surface de la peau, emportant de l’énergie thermique. Son efficacité dépend fortement de l’humidité ambiante : par temps sec, l’évaporation est rapide et efficace ; par temps humide, la sueur ruisselle sans s’évaporer — et la dissipation chute drastiquement.
  • La radiation — émission de chaleur infrarouge par la peau. Efficace à température ambiante basse, ce mécanisme devient inefficace — voire inversé — dès que la température extérieure dépasse 35°C.
  • La convection — transfert de chaleur vers l’air environnant. La course crée un flux d’air naturel qui amplifie ce mécanisme, c’est pourquoi courir est moins dangereux que rester immobile à même température.
  • La conduction — transfert direct vers des surfaces froides (contact avec le sol, vêtements humides). Rôle mineur en course mais exploitable via les stratégies de précooling.

La compétition cardiovasculaire : muscles vs peau

Par temps chaud, le corps fait face à un conflit physiologique majeur. Les muscles actifs réclament un débit sanguin élevé pour recevoir oxygène et substrats. La peau réclame elle aussi un débit sanguin accru pour transporter la chaleur du noyau vers la périphérie où elle sera dissipée. Le cœur doit donc fournir du sang à deux priorités simultanées et concurrentes. La résultante : une fréquence cardiaque plus élevée à allure identique, une fatigue cardiovasculaire qui s’installe plus vite, et une capacité aérobie effective réduite. C’est pourquoi courir par 30°C « coûte » davantage à ton cœur que courir par 15°C, à exactement la même vitesse.


2. L’impact de la chaleur sur les performances

La dégradation des performances par temps chaud est bien documentée scientifiquement, et elle est plus importante que la plupart des coureurs ne l’imaginent.

La température critique : 10–15°C

Des études épidémiologiques sur les performances de marathon dans différentes conditions météorologiques ont établi que la température optimale pour la performance est comprise entre 7°C et 13°C. Au-delà, les performances se dégradent de façon quasi-linéaire avec la température.

Une analyse de Vihma (2010) portant sur les résultats de marathon des Jeux Olympiques et des Championnats du Monde a quantifié cette dégradation :

  • Entre 15°C et 20°C : perte de performance de 1 à 2 %
  • Entre 20°C et 25°C : perte de 3 à 5 %
  • Au-delà de 25°C : perte de 5 à 8 % ou plus selon l’humidité

Concrètement : un coureur capable de finir un 10 km en 45 minutes par 15°C perdra en moyenne 1 à 2 minutes par 25°C, et jusqu’à 3 à 4 minutes par 30°C — à effort identique subjectif.

La fréquence cardiaque comme indicateur

En pratique, le meilleur outil pour quantifier l’impact thermique sur ta course est ta fréquence cardiaque. Par temps chaud, la FC augmente de 1 à 2 bpm par degré supplémentaire au-delà de la température de confort (environ 15°C), à allure identique. Par 30°C, ta FC sera donc environ 15 à 30 bpm plus élevée qu’à 15°C pour le même pace — une charge cardiovasculaire radicalement différente que ton organisme doit absorber.

💡 La règle pratique : par temps chaud, oublie ton allure habituelle et cours à fréquence cardiaque cible. Laisse la vitesse baisser pour maintenir la même zone d’effort. C’est la seule façon de s’entraîner efficacement et en sécurité quand le mercure monte.


3. Les risques : de la gêne au coup de chaleur

Les pathologies liées à la chaleur forment un continuum de gravité croissante. Savoir les reconnaître — sur soi et sur les autres — est une compétence de sécurité fondamentale pour tout coureur.

Les crampes de chaleur

Contractions musculaires douloureuses survenant pendant ou après l’effort par temps chaud. Elles sont principalement dues à la perte de sodium par la sueur, plus qu’à la simple déshydratation. Surviennent typiquement dans les mollets, les cuisses ou les abdominaux. Traitement : arrêt de l’effort, réhydratation avec boisson contenant du sodium, étirements doux.

L’épuisement par la chaleur (heat exhaustion)

Stade intermédiaire, plus sérieux. Symptômes : faiblesse intense, nausées, maux de tête, vertiges, pâleur, sueurs abondantes, FC élevée, température centrale entre 38°C et 40°C. L’athlète est conscient mais ses performances sont sévèrement dégradées. Conduite à tenir : arrêt immédiat, mise à l’ombre, refroidissement du corps (eau froide sur la nuque, les poignets, les aisselles), hydratation progressive.

Le coup de chaleur (heat stroke) — urgence vitale

C’est la forme la plus grave, une urgence médicale absolue. La température centrale dépasse 40°C et le système de thermorégulation est dépassé. Symptômes caractéristiques : confusion mentale, désorientation, comportement bizarre, peau chaude et sèche (la sudation peut avoir cessé), convulsions possibles, perte de conscience. La mortalité sans prise en charge rapide est élevée.

Conduite à tenir en urgence :

  • 🚨 Appeler le 15 (SAMU) immédiatement
  • ❄️ Refroidir le corps sans attendre : immerger dans l’eau froide si possible, ou appliquer de la glace sur le cou, les aisselles et l’aine (zones des gros vaisseaux)
  • 🌬️ Ventiler activement
  • 🛑 Ne jamais laisser la personne seule

⚠️ Signal d’alarme absolu : un coureur qui cesse de transpirer par temps chaud tout en maintenant l’effort a très probablement dépassé la capacité de thermorégulation de son organisme. C’est un signe précurseur du coup de chaleur — arrêt immédiat obligatoire.

L’hyponatrémie — le danger méconnu

Moins connue mais potentiellement aussi grave que le coup de chaleur, l’hyponatrémie (taux de sodium sanguin trop bas) survient quand un coureur boit excessivement de l’eau pure lors d’un effort long. La dilution du sodium sanguin provoque des nausées, maux de tête, confusion, et dans les cas graves des œdèmes cérébraux pouvant être fatals. Plusieurs décès de marathoniens sont attribuables à l’hyponatrémie — pas à la déshydratation. La prévention passe par l’apport de sodium dans les boissons lors des efforts de plus de 90 minutes.


4. Les facteurs qui aggravent le risque

Tous les coureurs ne sont pas égaux face à la chaleur. Certains facteurs augmentent significativement la vulnérabilité.

L’humidité relative : l’ennemi invisible

La chaleur sèche est bien plus supportable que la chaleur humide. Par forte humidité, la sueur ne peut pas s’évaporer efficacement — le principal mécanisme de dissipation thermique est neutralisé. L’indice de chaleur ressentie (ou température humidex) combine température et humidité pour évaluer le stress thermique réel :

TempératureHumidité 40 %Humidité 60 %Humidité 80 %
25°C25°C ressentis28°C ressentis32°C ressentis
30°C29°C ressentis35°C ressentis41°C ressentis
35°C34°C ressentis43°C ressentis⛔ dangereux

Les autres facteurs de risque

  • ☀️ Rayonnement solaire direct — ajoute 6 à 10°C au stress thermique perçu par rapport à l’ombre à même température
  • 💨 Absence de vent — supprime la convection, un des mécanismes de refroidissement naturels
  • 🏙️ Environnement urbain — l’effet « îlot de chaleur urbain » peut ajouter 3 à 5°C par rapport aux zones rurales ou boisées
  • 😴 Manque de sommeil — altère la thermorégulation et la perception de l’effort
  • 💊 Certains médicaments — antihistaminiques, diurétiques, certains antidépresseurs réduisent la capacité sudorale ou augmentent la production de chaleur
  • 🤒 Maladie récente ou état fébrile — la température centrale de départ est déjà plus élevée
  • ⚖️ Surpoids — le tissu adipeux est un isolant thermique qui complique la dissipation de chaleur
  • 🎂 Âge — les enfants et les séniors thermorégulent moins efficacement

5. Hydratation : combien, quoi et quand boire ?

L’hydratation en conditions chaudes est un sujet précis, que la science du sport a considérablement affiné ces vingt dernières années. Les recommandations ont évolué — parfois à contre-courant des idées reçues.

Avant la course : se présenter bien hydraté

L’hydratation commence bien avant le départ. Dans les 2 à 3 heures précédant une course par temps chaud, boire progressivement 400 à 600 ml d’eau (pas davantage d’un coup — l’excès est éliminé avant même que tu partes). Éviter le café et l’alcool dans les heures précédentes — tous deux ont un effet diurétique. Un indicateur simple : tes urines doivent être jaune pâle au départ.

Pendant la course : boire à la soif, pas au volume

La recommandation historique « boire avant d’avoir soif » a été remise en question par des recherches récentes. Une position de consensus de 2015 de la revue British Journal of Sports Medicine (Noakes et al.) a établi que boire selon la soif est la stratégie la plus sûre et la plus efficace pour la plupart des coureurs — elle régule naturellement l’apport hydrique et prévient à la fois la déshydratation ET l’hyponatrémie.

Repères pratiques pour les efforts par temps chaud :

  • Efforts de moins de 45 minutes : l’hydratation pendant la course n’est généralement pas nécessaire si tu es bien hydraté au départ
  • Efforts de 45 à 90 minutes : 150 à 250 ml toutes les 15 à 20 minutes selon la soif
  • Efforts de plus de 90 minutes : eau + sodium obligatoire — ajouter 400 à 800 mg de sodium par litre de boisson pour prévenir l’hyponatrémie

Le sodium : indispensable au-delà d’une heure

La sueur contient en moyenne 1 g de sodium par litre (avec une variabilité individuelle importante). Lors des efforts longs par forte chaleur, cette perte doit être compensée. Les options pratiques :

  • Boissons isotoniques du commerce (vérifier la teneur en sodium : 400 à 800 mg/L est la cible)
  • Eau + pincée de sel + jus de fruit (solution maison efficace)
  • Gels ou barres salées lors des ravitaillements
  • Bouillon salé lors des très longues distances

Après la course : la règle des 1,5

Pour récupérer une hydratation complète après un effort par temps chaud, boire 1,5 fois le poids perdu dans les 2 heures suivant l’effort — et non 1 fois, car les pertes urinaires accompagnent la réhydratation. Se peser avant et après est la méthode la plus précise pour évaluer ses pertes hydriques réelles.


6. S’adapter à la chaleur : l’acclimatation

L’acclimatation à la chaleur est l’un des phénomènes d’adaptation physiologique les plus remarquables — et les plus rapides — connus en physiologie du sport. En seulement 10 à 14 jours d’exposition progressive à la chaleur, le corps se transforme de manière significative.

Les adaptations physiologiques de l’acclimatation

  • 💧 Augmentation du volume plasmatique (+3 à 5 %) — l’une des premières adaptations, visible dès J3-J5. Plus de sang disponible pour alimenter simultanément muscles et peau.
  • 🌡️ Abaissement du seuil de déclenchement de la sudation — le corps commence à transpirer plus tôt, prévenant la montée thermique
  • 💦 Augmentation du débit sudoral — jusqu’à 2 à 3 litres par heure chez les athlètes acclimatés contre 1 à 1,5 L chez les non-acclimatés
  • 🧂 Réduction de la concentration en sodium de la sueur — le corps devient plus « économe » en sel, réduisant le risque d’hyponatrémie
  • ❤️ Réduction de la fréquence cardiaque à effort identique — de 10 à 15 bpm en moins après acclimatation complète
  • 🧠 Abaissement de la température centrale à l’effort — le thermostat interne fonctionne plus efficacement

Protocole d’acclimatation pour coureurs

Pour les coureurs se préparant à une compétition par temps chaud (trail d’été, marathon de printemps tardif, déplacement dans un pays chaud), voici le protocole le mieux documenté scientifiquement :

  • J1 à J4 : 30 à 45 minutes d’effort modéré (65-70 % FCmax) par temps chaud. L’objectif est l’exposition thermique, pas la performance. Les premières séances doivent être courtes et confortables.
  • J5 à J10 : augmentation progressive à 60 à 90 minutes, légère hausse de l’intensité possible (70-75 % FCmax). La sudation augmente nettement — signe que l’adaptation est en cours.
  • J11 à J14 : adaptation quasi-complète. Les séances peuvent s’approcher des conditions de compétition.

💡 Astuce pratique : si tu ne peux pas t’entraîner dehors par temps chaud, une séance en salle bien chauffée (26-28°C), ou même un bain chaud de 30 minutes après une séance normale, produit des adaptations thermiques partielles. Cette méthode d’acclimatation passive est utilisée par certaines équipes nationales qui s’y préparent.

Combien de temps se maintient l’acclimatation ?

Les adaptations acquises en 14 jours se maintiennent pendant environ 2 à 4 semaines après l’arrêt de l’exposition à la chaleur — à condition de continuer à s’entraîner normalement. Le volume plasmatique augmenté est la première adaptation à disparaître (en 5 à 10 jours), les adaptations sudorales persistent plus longtemps.


7. Stratégies pratiques pour courir par temps chaud

Le timing : la variable la plus simple et la plus efficace

La stratégie la plus efficace pour courir en été ne nécessite ni équipement ni protocole complexe : choisir le bon créneau horaire. La température et le rayonnement solaire suivent une courbe prévisible dans la journée :

  • 🌅 Tôt le matin (5h30-8h) — créneau optimal. Température au plus bas, humidité encore modérée, pas de rayonnement solaire direct. La qualité de l’entraînement est préservée.
  • 🌙 Soirée tardive (après 20h) — bon compromis quand le matin n’est pas possible. La température a baissé, mais l’humidité nocturne peut être élevée selon les régions.
  • ☀️ 11h-17h — à éviter : pic de rayonnement solaire (UV et infrarouge) + température maximale = conditions les plus dangereuses. Les accidents graves surviennent majoritairement sur ce créneau.

Le précooling : se refroidir avant de partir

Le précooling consiste à abaisser la température corporelle avant le début de l’effort pour retarder l’atteinte de la température critique pendant la course. Plusieurs études ont montré des gains de performance de 3 à 5 % sur les efforts d’endurance par temps chaud.

Les méthodes validées scientifiquement :

  • Gilet de glace — porté 20 à 30 minutes avant le départ, il abaisse la température cutanée et réduit le stress thermique initial. Méthode utilisée par de nombreux athlètes olympiques.
  • Immersion des avant-bras dans l’eau froide — 10 à 15 minutes avant le départ, simple et efficace en l’absence de gilet de glace
  • Slurpee/glace pilée ingérée — boire de la glace pilée ou une boisson très froide abaisse la température centrale de 0,3 à 0,5°C, retardant le coup de chaleur. Étudié notamment par la recherche australienne (Siegel et al., 2010).
  • Eau froide sur la nuque et les poignets — méthode accessible à tous, moins efficace mais utile pendant la course aux ravitaillements

Le percoling : se rafraîchir pendant la course

Lors des compétitions avec ravitaillements, verser de l’eau froide sur la tête, la nuque et les poignets réduit la perception de l’effort thermique et améliore les performances — même si la température centrale n’est que marginalement affectée. L’effet est en partie neurologique : le refroidissement cutané envoie un signal au cerveau réduisant la sensation de chaleur et permettant de maintenir l’allure.

Adapter son parcours

  • 🌲 Privilégier les parcours ombragés (forêt, bords de rivière) — l’ombre peut réduire la température ressentie de 6 à 10°C
  • 💧 Planifier le parcours autour des points d’eau (fontaines, points de ravitaillement)
  • 🏙️ Éviter le bitume et les zones urbaines minéralisées — favoriser l’herbe, la terre battue, les surfaces claires
  • 🔄 Préférer les boucles courtes aux longs trajets linéaires pour pouvoir s’arrêter facilement

8. Équipement et vêtements par temps chaud

Les textiles techniques

Toutes les matières ne se valent pas par temps chaud. Les critères à privilégier :

  • Tissu synthétique respirant (polyester, nylon technique) — évacue l’humidité vers l’extérieur par capillarité, favorisant l’évaporation. Supérieur au coton qui retient l’humidité et colle à la peau.
  • Couleurs claires — blanc ou couleurs pâles réfléchissent le rayonnement solaire. Une tenue noire absorbe jusqu’à 90 % du rayonnement contre 20 à 30 % pour une tenue blanche.
  • Coupe ample — favorise la circulation d’air contre la peau, amplifiant l’évaporation
  • Longueur minimale — maximum de surface cutanée exposée à la ventilation naturelle créée par la course

La casquette ou la visière

La protection de la tête est indispensable par ensoleillement direct. La visière est souvent préférable à la casquette par forte chaleur : elle protège du rayonnement solaire sur le visage tout en laissant la tête librement ventilée, évitant l’accumulation de chaleur sous la calotte que crée une casquette classique. Si tu optes pour une casquette, choisis une matière très aérée ou à mailles larges.

La protection solaire

Appliquer de la crème solaire indice 50 sur toutes les zones exposées — pas seulement pour la protection cutanée, mais aussi parce que les coups de soleil dégradent la capacité de thermorégulation de la peau en réduisant son efficacité sudorale dans les zones brûlées.

Lunettes de soleil

Le rayonnement UV fatigue les yeux, provoque des maux de tête et contribue à la fatigue générale lors des longues sorties estivales. Des lunettes de sport avec protection UV400 sont un investissement justifié pour tous les coureurs d’été réguliers.


9. Comment ajuster son allure à la température

Courir par temps chaud sans ajuster son allure est la première cause d’accidents thermiques et de mauvaises séances. Voici comment adapter concrètement ta vitesse.

La formule de correction d’allure

Plusieurs modèles de correction d’allure en fonction de la température ont été proposés dans la littérature. Le plus simple et le plus utilisé en pratique est le suivant :

  • En dessous de 10°C : allure normale possible
  • 10°C à 15°C : allure normale à légèrement réduite
  • 15°C à 20°C : réduire l’allure de 2 à 3 % (soit +15 à +20 secondes au km pour un coureur à 5 min/km)
  • 20°C à 25°C : réduire de 4 à 6 % (+20 à +30 secondes au km)
  • 25°C à 30°C : réduire de 6 à 10 % (+30 à +50 secondes au km)
  • Au-delà de 30°C : réduire d’au moins 10 % et courir à la sensation / FC, pas à l’allure

Courir à fréquence cardiaque cible : la méthode la plus fiable

Par temps chaud, piloter sa course à la fréquence cardiaque est plus fiable que toute formule de correction d’allure. La méthode :

  • Déterminer ta zone cible habituelle pour la séance prévue (ex : 70-75 % FCmax pour un footing d’endurance fondamentale)
  • Laisser la vitesse baisser autant que nécessaire pour rester dans cette zone — même si ça signifie marcher dans les côtes ou réduire de 1 min/km
  • Considérer la séance comme réussie si la zone FC est respectée, indépendamment de la vitesse affichée

Les séances à éviter par forte chaleur

  • Fractionné court à haute intensité (90-100 % VMA) — la production de chaleur est maximale, le risque de coup de chaleur est réel. Reporter à des conditions plus fraîches ou en salle climatisée.
  • Sortie longue au-delà de 90 minutes par plus de 28°C — les risques d’hyponatrémie et d’épuisement thermique augmentent exponentiellement avec la durée
  • Course test ou compétition non préparée — ne pas tenter un record personnel par temps chaud si tu n’es pas acclimaté

🎯 L’entraînement croisé comme alternative : par fortes chaleurs, natation, vélo, rameur ou elliptique en salle climatisée permettent de maintenir la charge cardiovasculaire sans l’exposition thermique. Ne pas hésiter à substituer une séance de course par une séance d’entraînement croisé équivalente — la perte de condition physique est minime sur 1 à 2 semaines.


10. Récupération après une course par temps chaud

La récupération après une course en conditions chaudes demande une attention particulière, car le stress thermique s’ajoute au stress mécanique habituel.

Les priorités immédiates (0 à 30 minutes)

  • 🌡️ Se mettre à l’ombre ou dans la fraîcheur immédiatement — la température centrale continue à monter jusqu’à 15 minutes après l’arrêt de l’effort (phénomène de « thermal afterload »)
  • 💧 Réhydratation prioritaire — avant même la nutrition solide. Boisson contenant du sodium si l’effort a duré plus de 60 minutes.
  • ❄️ Refroidissement actif si la température corporelle semble élevée : eau froide sur la nuque, poignets, bain froid si disponible
  • 🍌 Collation glucido-protéinée dans les 30 à 45 minutes — comme après tout effort, mais en privilégiant les aliments faciles à digérer si l’appétit est coupé par la chaleur (fruits, lait chocolaté, smoothie)

La fenêtre de récupération allongée

Une course par temps chaud nécessite une récupération 20 à 30 % plus longue qu’une course identique par temps frais. Le stress thermique génère des marqueurs inflammatoires supplémentaires et une fatigue du système nerveux autonome spécifique. Tenir compte de ce facteur dans la planification de la semaine d’entraînement : ne pas programmer une séance intense le lendemain d’un effort long en conditions chaudes.

Pour approfondir les stratégies de récupération après l’effort, consulte notre guide complet : Récupération après une course — le guide scientifique.


À lire aussi


Sources scientifiques

  1. Cheung, S. S., & McLellan, T. M. (1998). Heat acclimation, aerobic fitness, and hydration effects on tolerance during uncompensable heat stress. Journal of Applied Physiology, 84(5), 1731–1739.
  2. Vihma, T. (2010). Effects of weather on the performance of marathon runners. International Journal of Biometeorology, 54(3), 297–306.
  3. Armstrong, L. E., Casa, D. J., Millard-Stafford, M., Moran, D. S., Pyne, S. W., & Roberts, W. O. (2007). Exertional heat illness during training and competition. Medicine & Science in Sports & Exercise, 39(3), 556–572.
  4. Siegel, R., Mate, J., Brearley, M. B., Watson, G., Nosaka, K., & Laursen, P. B. (2010). Ice slurry ingestion increases core temperature capacity and running time in the heat. Medicine & Science in Sports & Exercise, 42(4), 717–725.
  5. Noakes, T. D., Sharwood, K., Speedy, D., Hew, T., Reid, S., Dugas, J., & Weschler, L. (2005). Three independent biological mechanisms cause exercise-associated hyponatremia. Proceedings of the National Academy of Sciences, 102(51), 18550–18555.
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  7. Tyler, C. J., Sunderland, C., & Cheung, S. S. (2015). The effect of cooling prior to and during exercise on exercise performance and capacity in the heat: a meta-analysis. British Journal of Sports Medicine, 49(1), 7–13.
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  9. Moran, D. S., Shapiro, Y., Laor, A., Dozio, E., & Pandolf, K. B. (1999). Can gender differences during exercise-heat stress be assessed by the physiological strain index? American Journal of Physiology — Regulatory, Integrative and Comparative Physiology, 276(6), R1798–R1804.
  10. Racinais, S., Alonso, J. M., Coutts, A. J., Flouris, A. D., Girard, O., González-Alonso, J., & Périard, J. D. (2015). Consensus recommendations on training and competing in the heat. British Journal of Sports Medicine, 49(18), 1164–1173.

Article rédigé par l’équipe RunAthle.fr — La référence de l’athlétisme et du running en français.

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